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Service civil : affaiblir une institution qui fonctionne bien pour en soutenir une qui dysfonctionne

La majorité de droite du Parlement a une nouvelle priorité absolue depuis la guerre d’agression déclenchée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine : l’armée. Cette priorité remplace toutes les autres.

La droite a réussi à faire adopter des motions pour augmenter brutalement le budget de l’armée, ce qui nous a valu un programme d’économies qui péjore les conditions-cadres pour les étudiant·es, fragilise l’asile ou affaiblit la coopération internationale. C’était insuffisant pour nos va-t’en guerre : maintenant, le Conseil fédéral propose d’augmenter la TVA pour accroître encore le budget de l’armée ! Et, pour boucler la boucle, il faut des soldats pour jeter cet argent par les fenêtres. Or, problème, les jeunes Suisses, pas du tout enthousiastes à l’idée de jouer à la guerre, se dirigent toujours plus vers le service civil et ses tâches d’intérêt public dans la santé, le social, l’aide aux paysans de montagne, etc.

En lisant cela, on se dit que la majorité, dans sa volonté de faire de notre petit pays une puissance militaire (!) et devant l’impopularité de l’armée et du service militaire, aura mené une réflexion de fond. Comment redonner du sens au service ? Pourquoi les jeunes préfèrent-ils un engagement civil pourtant plus long ? On se dit, je ne sais pas, que la majorité a décidé d’enfin se saisir de la problématique de l’incapacité de l’armée à mener un quelconque projet complexe sans scandale, car cette institution ne cesse de défrayer la chronique (prix fixe des F-35, finalement pas fixe du tout ; drones ne pouvant voler sans avion pour les accompagner, non dotés de système anti-ivre et venant d’une des plus grandes entreprises israéliennes d’armement ; pistolets SIG Sauer défectueux ; système Patriot livrable non dans le délai imparti mais dans un avenir indéterminé, dont on a interrompu le paiement mais que paiera finalement l’argent payé aux F-35 – merci Trump et son administration ; pièces de chars d’assaut disparues des entrepôts de RUAG suite à des actes délictueux, etc., etc., etc.).

Non, au Parlement fédéral, l’esprit critique à propos de l’armée est aussi efficace que nos drones, pistolets ou Patriot, c’est-à-dire totalement inopérant. La majorité a jugé que ce n’est pas l’armée qui a un problème d’attractivité, mais le service civil qui est trop attractif. Plutôt que de corriger les très nombreux problèmes rendant le service militaire peu intéressant, elle s’attaque au service civil : service d’au moins 150 jours, peu importe si la personne a déjà effectué une grande partie de son service militaire obligatoire ; accès compliqué pour les sous-officiers et les officiers ; interdiction des engagements nécessitant des études en médecine ; planification de l’exécution beaucoup plus compliquée. La recette choc : détruire l’attractivité du service civil en imaginant que le blason de la grande muette en sera par miracle redoré.

Oui, à me lire, on sent une certaine ironie tant la démarche politique de la majorité paraît aller à l’envers du bon sens. Mais ce sont les jeunes du pays, astreints à servir, qui en feront les frais. Et les institutions bénéficiant aujourd’hui de l’appui fondamental des civilistes qui se trouveront dans une situation délicate avec, évidemment, comme principales victimes de ce projet les bénéficiaires des prestations.

Trêve de plaisanterie : n’affaiblissons pas une institution qui fonctionne bien pour un fantasme militariste que n’exaucera de toute façon pas cette réforme. L’armée a besoin de plus de compétence, d’inclusion, de formation, de sérieux pour retrouver son attractivité. Pourrir la vie de celles et ceux qui veulent exercer l’obligation de servir au service civil n’y changera rien. Votons donc un grand non à cette réforme ratée.


Photo de Simon Infanger sur Unsplash.com

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